Robin Prinja

Robin Prinja, 29 ans

« Une amitié renforcée par le confinement. »

Robin vient du Pendjab, en Inde. Il a grandi avec de nombreux membres de sa famille sous le même toit, comme dans beaucoup de foyers indiens… Très sociable, il a eu la chance de vivre, pendant cette période de repli, une stimulante histoire d’amitié avec Jennifer Raynaud, passionnée comme lui de sciences.

Je viens de Amritsar, une ville connue pour son temple d’or, le site spirituel de la religion sikh, un terme qui signifie « chercheur de connaissances ». Le Pendjab est la région d’Inde où les Sikhs sont les plus présents. Ce temple, posé au centre d’un lac dans lequel il se reflète la nuit, est recouvert de 500 kg d’or pur. Chaque fois que je le visite pour écouter les hymnes sacrés, je ressens un sentiment de tranquillité et de satisfaction. Ses entrées dans les quatre directions cardinales signifient que le sikhisme est ouvert aux personnes de tous les horizons et de toutes les religions. Tous les jours, on y sert 20 000 repas gratuits, des dons des fidèles, et 200 000 pour les événements. Dans la situation actuelle de la Covid-19, cette distribution de nourriture est un grand soutien dans le pays. Mon auteure préférée, Amrita Pritam, est née dans une famille Sikh, je suis touché par sa poésie, son analyse subtile des rapports humains, son intérêt pour les droits de la femme…Dans un tout autre style, j’adore aussi Charles Dickens.Au Pendjab, souvent, la plupart des membres d’une famille vivent sous le même toit. Nous sommes neuf dans la même maison. Ma grand-mère, mon oncle habitent avec nous. J’ai eu une enfance très amusante et très vivante, il se passait tout le temps quelque chose d’intéressant à la maison. Les enfants jouaient et couraient partout et les aînés essayaient de les contrôler sans succès. Mon père est un journaliste indépendant et ma mère est professeure. Ma grand-mère de 90 ans me manque tellement, elle parle tout le temps de moi avec beaucoup d’émotion, elle dit que je devrais revenir plus souvent, j’échange avec elle parfois sur Skype. Quand mes parents travaillaient, elle s’est beaucoup occupée de moi, elle me faisait la cuisine, elle jouait avec moi. Elle est en bonne santé et elle a des amies. Chez nous, les personnes âgées finissent leur vie en famille.

Mais en Inde, on cesse de rêver pendant la période scolaire, la notion de compétition est très présente, il faut étudier, étudier, étudier. Quand j’étais plus jeune, je voulais entrer dans l’armée pour protéger mon pays du terrorisme et puis j’ai changé d’avis. Je suis tombé amoureux des mathématiques à 16 ans puis plus tard de l’aéronautique, de la physique et de la recherche.Je suis arrivé en France en 2017. J’ai eu un master de mécanique des fluides à la Sorbonne et j’ai fait un stage à Airbus à Toulouse. Maintenant, je fais ma thèse en aéronautique avec une spécialisation dans la réduction du bruit des avions à Poitiers, dans cette ville que j’apprécie pour sa tranquillité ainsi que pour son grand et productif laboratoire de recherche. Je réfléchis donc à la manière dont l’avion du futur sera conçu dans un meilleur respect de l’environnement. Comme beaucoup d’étudiants, je suis dans ma petite chambre de 9 m2, à la cité Descartes. Le confinement me rend un peu triste car je suis une personne sociable. Avant, il y avait beaucoup d’énergie, de bruit, de la musique parfois, des conversations, le crépitement des oignons frits dans la cuisine, les blagues des amis dans le couloir. Maintenant, tous ces bruits ont disparu. Je n’entends que ceux de la nature, le bruissement des feuilles dans les arbres, le souffle du vent et parfois les sirènes hurlantes des ambulances et le vrombissement des hélicoptères car nous sommes près du CHU de Poitiers. Par ma fenêtre, je peux voir la route principale et les bâtiments de la faculté, les voitures et les bus passent rarement. Je vois aussi beaucoup d’arbres et le beau coucher de soleil qui est la meilleure partie de ma journée. Ce confinement a eu un impact énorme sur moi, c’est certain. Je ne pouvais pas faire beaucoup de mouvements physiques, cela a entraîné des réflexions, un processus de remise en question. Je pense beaucoup à ma vie, à mes décisions, mes objectifs, à ce que je fais de bien et de mal. Je regarde des séries comme The Office qui est hilarante ou Cosmos, les mondes possibles. Heureusement, je suis devenu ami avec Jennifer, une Française, qui partage ma passion pour la science. Nous discutons beaucoup, nous étudions ensemble, nous faisons du sport. Nous cuisinons de bons plats français et indiens… Jennifer m’a appris à faire de la ratatouille. Grâce à elle, je ne me sens pas seul. Et puis, je suis en lien avec ma famille, par vidéo conférence. Le confinement ne perturbe pas mon travail car la thèse exige un travail le plus souvent solitaire. Je fais moins de sport, je faisais du badminton, sept fois par semaine. Maintenant, il n’y a plus que moi et mon travail. Je m’informe sur le coronavirus… Quelqu’un sait si le leader de Corée du Nord est mort ou vivant ?Mais je me souviens de moments heureux de ma vie, ceux que j’ai passés en famille en Inde, les voyages que j’ai faits avec mes meilleurs amis. Je me souviens des bons plats indiens, du aloo parathas, ce sont des crêpes épaisses de pomme de terre, des lassis, notre boisson traditionnelle à base de yaourt et de fruits, le sarson da saag, une spécialité du Pendjab qui est un mélange d’épinards et autres légumes verts, des feuilles de moutarde, du curcuma, des piments verts, c’est savoureux et sain. Je me souviens de la première fois où j’ai embrassé une fille. Me reviennent aussi les disputes que j’ai eues avec les gens que j’aime. J’ai aussi des regrets.

Il y a des situations loufoques aussi. Hier soir, à 23h, je marchais et un grand homme courait vers moi très vite, cela m’a fait peur. Il est passé devant moi et j’ai compris qu’il s’enfuyait car une voiture de police faisait une ronde sur la route principale. J’ai pensé que quelque chose de terrible était arrivé mais le lendemain j’ai découvert qu’il s’enfuyait parce qu’il n’avait pas d’attestation.Mon voisin chinois a tellement peur du virus qu’il ne va même pas au supermarché. Il m’a expliqué que sa famille lui avait envoyé des masques par courrier pour qu’il soit en sécurité.Bon… Oui quelque chose bouge en moi. Je ne suis pas mort [rires], la vie bouge en moi mais très lentement. Les jours et les nuits commencent à se confondre. Je crois que j’ai perdu le compte des jours. Le confinement est comme un long week-end. Cette situation me rend rarement triste mais rarement heureux, elle provoque un sentiment d’ennui et de vide. Mais je communique avec des anciens amis ce qui n’était jamais arrivé avant « l’internement ». Ce qui m’inspire ? Ce pourquoi je suis en France si loin de ma famille, obtenir mon doctorat et suivre les objectifs que mon directeur de thèse, Peter Jordan, m’a fixés. Je ne sais pas encore si je resterai en France, si la rencontre entre ce pays et moi ira plus loin…Je redoute la récession et les conséquences de la pandémie sur la stabilité de l’économie mondiale. Mais je pense que quand cela sera fini, nous oublierons tous qu’il y a eu un confinement. Quand je veux me faire du bien, je repense à toutes les couleurs des festivals si nombreux au Pendjab… Le festival de la lumière, le festival de la couleur… Pendant ces jours de fête, c’est tout le voisinage qui se réunit.Par exemple, pendant le festival de Holi, le sacre du printemps, les nuits de pleine lune, les gens se jettent des pigments de couleurs sur la figure, le vert pour l’harmonie, l’orange pour l’optimisme, le bleu pour la vitalité et le rouge pour la joie et l’amour… C’est une fête de fraternité. Ce sont des images fortes qu’on n’oublie pas.

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