Imane Fehr

Imane Fehr, 22 ans

«Le confinement a été l’épreuve la plus dure de ma vie. »

Imane, Marocaine, est depuis l’adolescence impliquée dans d’ambitieux projets associatifs internationaux environnementaux et sociétaux. Elle veut devenir ingénieure dans l’aéronautique. Elle veillera à la qualité optimum des entrailles des avions qu’elle rêvait de piloter, enfant.

J’ai eu la chance de naître à Marrakech, la ville la plus joyeuse que je connaisse au Maroc où j’ai des souvenirs de fête et de convivialité. Sur la place Jemaa el-Fna, les gens dansent, ceux que tu ne connais pas peuvent plaisanter avec toi. Pendant le confinement, cette place mythique devait être tellement triste sans ses artistes qui l’animent de jour comme de nuit. Avant de venir à La Rochelle, j’avais quitté ma ville natale pour étudier à Casablanca, à l’EIGSI, une école d’ingénieurs qui a deux campus : un à Casa et un à La Rochelle. Les deux campus offrent la même formation sur les deux continents et proposent des échanges entre leurs étudiants selon la dominante choisie. J’ai donc commencé mon école à Casablanca et, depuis 2016, je la poursuis à La Rochelle. Comme beaucoup d’enfants, je rêvais d’être pilote de ligne mais au Maroc les écoles sont militaires ou privées et hors de prix. C’est une rencontre dans un forum avec un coach de l’EIGSI qui a orienté mon choix. Il m’a expliqué que, dans cette école, il y avait une possibilité d’être formée dans l’aéronautique. J’étais en joie, j’avais trouvé ma voie. Je ne serai pas pilote de ligne mais je travaillerai peut-être sur les entrailles des avions. L’EIGSI est une école privée mais son prix est raisonnable. Ma mère travaille dans un laboratoire d’anatomie, elle aurait aimé que je devienne médecin. J’ai une peur affreuse du sang. J’ai passé le concours de médecine un peu au pif, sans envie, et je l’ai raté. Mon père, professeur de langue arabe, m’encourage à aller vers la littérature. Je m’intéressais beaucoup aux langues, je parle l’arabe classique grâce lui, il est passionné de romans anciens. On discute des heures tous les deux, on argumente, on s’enflamme. J’ai été influencée par Najib Mahfouz, Le Voleur et les chiens, qui est aussi le livre préféré de mon père. Il parle d’une période « symboliste » où l’écrivain utilise une forme lapidaire pour dénoncer la cruauté sociale qui a transformé un honnête homme en criminel. J’ai aussi beaucoup écouté les histoires traditionnelles de ma merveilleuse grand-mère maternelle, Saadya, qui est une seconde maman. Contrairement à ses sœurs, elle savait lire et écrire en arabe. J’ai très tôt pris conscience du luxe que nous avons d’avoir accès à la connaissance, c’est peut-être pour cela que je me suis ensuite battue pour une éducation pour tous.

La défense des grandes causes sociétales et environnementales me passionne. À 15 ans, je faisais partie d’associations internationales sur le développement durable, par exemple celle du World Merit Morocco, avec laquelle j’ai participé à l’organisation d’un sommet international d’une semaine à Marrakech, en collaboration avec l’OCP, Office chérifien des phosphates, une entreprise de développement durable. Cette rencontre doit réunir 400 personnes de moins de 30 ans, d’une quarantaine de nationalités, qui ont œuvré de manière significative pour la protection de la planète. Je me suis aussi impliquée dans une autre association, AIESEC, qui organise des échanges internationaux entre les étudiants et qui permet d’améliorer leurs connaissances dans un domaine gratuitement. Ils sont nourris, logés et doivent s’impliquer dans un projet dans le pays où ils sont accueillis. J’ai particulièrement travaillé sur l’apprentissage de l’anglais. J’aime l’idée de rendre possible ce qui semble impossible, faciliter l’apprentissage d’une langue gratuitement grâce à une œuvre collective est une manière d’agir ainsi. Je me suis passionnée pour un livre qui s’appelle Rich Dad Poor Dad, de Robert Kiyosaki, un best seller mondial qui s’intéresse à la manière d’accroître le bien être financier de l’humanité et au thème tabou de l’argent. Je reviendrai au monde associatif mais pour l’instant je poursuis mes études d’ingénieur et je me suis récemment confrontée à l’étape la plus dure de ma vie : le confinement. Au début, je n’y ai pas cru, jusqu’à ce que je réalise que la situation était grave. J’étais à la cité Antinéa lorsque cela s’est produit, ce fut un choc, je supportais très mal l’idée d’être emprisonnée pendant trois mois dans une chambre de 9 m2. Je sortais me promener le long de la mer même si c’était interdit. Mes ami(e)s avaient pu rentrer dans leurs familles, je me retrouvais seule.

L’emprisonnement crée de l’angoisse et casse la motivation. Je n’étais pas productive, je ne lisais rien, heureusement que je n’avais pas d’examens ardus à préparer. Je me faisais à peine à manger, je regardais des séries. Et j’ai appris que le stage dans une entreprise internationale d’aéronautique à Rochefort que j’avais eu beaucoup de mal à obtenir a été annulé à cause du confinement. Je devais être au service qualité de la fabrication de sièges passagers des avions. La convention était prête, ce stage rémunéré était prévu à partir du 25 mai ; le 10 mai, l’entreprise m’a annoncé qu’on arrêtait tout. Ma déception était profonde et, en plus, je n’avais plus beaucoup de temps pour me retourner dans une période extrêmement tendue. Ce stage était la seule chose qui me motivait pendant le confinement, ma lumière. Cela a été un grand choc. La Covid a eu un impact tellement fort sur l’économie. Cette entreprise n’était même pas en mesure de garder tous ses salariés, il y a eu des licenciements. J’ai eu un coup d’adrénaline, j’ai refait mon CV, je l’ai envoyé dans une centaine d’entreprises, j’ai marché la nuit à coup de rasades de café. Je postulais à toutes les offres que je trouvais. Et il y avait une annonce à Saint-Seurin-sur-l’Isle, dans un domaine très loin de l’aéronautique, une entreprise de packaging. J’ai postulé pour l’offre, je n’ai pas été acceptée mais j’ai eu une conversation intéressante avec le manager qui m’a dit que s’il avait une autre offre il me rappellerait. Et, quelque temps après, un de ses collègues m’a fait une proposition très intéressante : faire partie du pôle d’étude du déplacement d’un atelier d’une usine loin d’une rivière afin de la protéger d’écoulements d’huiles et ainsi obtenir une norme environnementale. J’ai échappé de très près au sort qui sera réservé à de nombreux étudiants : ils devront ajouter ce stage à celui de leurs fins d’études. Ce confinement est terminé, je vais finir mon stage qui finalement me ramène à mon intérêt profond pour l’environnement et je continuerai ensuite à étudier sur ce qui me passionne : la recherche de la perfection dans le fonctionnement de l’avion : la gestion et la recherche de la qualité optimum des chaînes de production. C’est un travail sous haute tension, la responsabilité est immense, une erreur peut être fatale.

On ne tolère pas le 1% de risque. J’aimerais travailler un ou deux ans en France et puis ensuite peut-être alterner avec un pays anglophone. J’envisage aussi de créer un cabinet de consulting de qualité dans l’aéronautique au Maroc. En tous les cas, pendant ce confinement, j’ai géré ce que j’ai vécu comme un demi-échec même si je n’avais aucune responsabilité dans l’annulation de ce stage. Mais secrètement j’avais honte d’annoncer cette annulation à mes parents. Je craignais qu’ils soient déçus, ils ont fait beaucoup pour moi. J’ai la responsabilité de les rendre fiers. J’ai deux frères, l’un a suivi la voie de mon père, il est en littérature anglaise à Marrakech, l’autre entre au lycée l’année prochaine. Ma mère ne perd pas l’espoir qu’il devienne médecin.

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