Freda Kukua Hammond

Freda Kukua Hammond, 19 ans

« Avant le confinement, j’ai eu le temps d’apprendre à nager. »

Freda vient du Ghana où, dès 16 ans, elle a suivi un cursus de sciences politiques, géographie et français. Dans sa voix joviale, on entend toute la douceur de vivre d’un pays aux petits ports de pêche paisibles, à l’architecture de pierre blanche. Elle aimerait devenir ambassadrice.

Je voulais d’abord dire que nous aurions pu faire cet entretien en anglais, ma première langue, mais je suis à Poitiers pour apprendre le français, j’ai absolument voulu faire l’entretien oralement dans cette langue que j’apprends. Nous avons avancé lentement mais je suis fière d’avoir pu raconter mon histoire tout en faisant cet exercice linguistique. D’abord, je suis née à Teshie, près d’Accra, et puis nous avons déménagé à Lapaz. Pendant le lycée, j’étais à l’internat, à Cape Coast, la jolie ville, au centre du Ghana, avec ses monuments en pierres blanches, son petit port de pêche, son château, à une centaine de kilomètres d’Accra. Mon père est charpentier, il est capable de tout faire dans la maison et ma mère est professeure, elle est aussi très manuelle, elle teste actuellement la fabrication des savons liquides avec le confinement. Je suis l’aînée de six enfants. J’ai eu mon bac à 15 ans, avec de bonnes moyennes, et, à 16 ans, lorsque j’ai commencé l’université à Accra, j’ai étudié les sciences politiques, l’anglais et le français, une langue dont je suis tombée amoureuse. J’ai aimé la richesse et la fluidité du français. Je me souviens, j’étais dans un atelier d’étude de la poésie et j’ai découvert des nouvelles de Serge Joncour, l’auteur français. J’aimais sa façon réaliste de décrire le fait que les hommes sont capables de faire des déclarations d’amour à plusieurs femmes. C’est très lucide.

Je suis arrivée à Poitiers en septembre 2019 pour commencer un cursus de français langue étrangère et je repartirai au Ghana en juillet pour continuer mes études. J’envisage de faire ma dernière année en licence de sciences politiques et en français. Pendant l’année professionnelle imposée par le gouvernement, j’aimerais bien être placée dans une entreprise où je peux parler le français. Ce confinement m’a pesé, c’était très ennuyeux. Heureusement qu’il y avait internet, la vie commençait et se terminait dans un lit. Remarquez, c’était comme ça avant le confinement mais là on y passait plus de temps. J’aime lire mais cette période encourageait à la paresse, je suis plus productive lorsque j’ai des objectifs. Tous les voyages que j’avais prévus avant de rentrer au Ghana ont été annulés : Venise, les théâtres et les lacs italiens, l’Allemagne où je devais rejoindre un ami. Heureusement, avant la fermeture des piscines au début du confinement, j’ai eu le temps d’apprendre quelques techniques de nage. Au Ghana, j’allais à la mer mais je ne nageais pas où je n’avais pas pied, c’était juste pour m’amuser avec des amis. J’ai appris un peu à nager sur le dos et le crawl. Je suis allée une fois à la patinoire de Poitiers et je suis beaucoup tombée. Je me souviendrai de ce jour où je suis allée voir les personnes âgées dans la résidence Marie-Louise Troubat à Poitiers, on leur a parlé de notre culture, on a rigolé ensemble. Pour moi, c’est très important car, chez nous, on n’imaginerait pas qu’une personne âgée puisse ne pas vieillir avec sa famille. Agatha, la seule grand-mère qui me reste, partage son temps chez mes parents, mes oncles et mes tantes. Elle est au centre de toutes les attentions, une vraie reine qui parle beaucoup et que j’adore. Ma grand-mère est la reine de la pâtisserie, elle sait faire toutes sortes de pain : le cheese bread, le coco bread, le yellow bread.

Au Ghana, on accueille les gens les bras ouverts. Je viens d’une région où l’on mange beaucoup de poisson, j’adore ça… Ainsi que des pieuvres et des crevettes. Ma mère cuisine le banku tilapia, une pâte ronde avec du poisson grillé, des poivrons verts et noirs, du kontomire, un ragoût de poisson et de légumes verts, de l’igname et le fufu, une autre pâte réalisée à base de manioc et de plantin. Chez nous, pas de dessert après le plat principal qui peut être un mélange sucré salé. Je suis fière de ma culture, je parle le fante, la langue de la tribu de la région du centre, et le twi. Selon les régions, les coutumes varient, par exemple, chaque tissu a un symbole : le mariage, le deuil, la tribu d’où l’on vient. Lorsqu’on se balade sur les marchés, je ne sais pas bien les reconnaître mais ma grand-mère et ma mère savent. Dans le nord, les hommes peuvent avoir plusieurs femmes. Pas dans ma région et heureusement car ça ne me plairait pas du tout. J’ai de beaux souvenirs d’Elmina, un port de pêche très préservé où j’ai vécu alors que j’étais lycéenne. Pendant que ma mère était à l’université, je m’occupais de mes frères et sœurs et on allait au port voir les pêcheurs sortir le poisson, on prenait des photos tous ensemble à la mer. Quand je retournerai au Ghana, j’aimerais devenir ambassadrice ou travailler dans les relations internationales.

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