Destinée Koutika

Destinée Koutika, 21 ans

Un inaltérable optimisme

Des frères et sœurs qui ont pour la plupart quitté le Congo-Brazzaville pour suivre des études à l’ étranger. Des amis qui se sont dispersés aux quatre coins du monde. Une famille qui a toujours veillé à l’ éducation de ses enfants et leur a inculqué le goût du savoir. Portée par cette belle énergie, Destinée aimerait que le virus ne soit déjà plus qu’un mauvais souvenir.

Je viens de Pointe-Noire au Congo-Brazzaville, je suis née dans une famille qui est très attachée à l’éducation, mes parents ont suivi de manière assez stricte nos parcours scolaires. Certains de mes frères et sœurs sont dispersés en France et un de mes frères est allé étudier en Chine… à Wuhan… J’ai donc été informée de l’existence du virus très tôt. Il m’a expliqué qu’il avait été mis en quarantaine et que l’on ne trouvait de la viande que sur internet. Quand je l’ai eu au téléphone, mi-avril, il n’y avait presque plus rien dans les magasins, il réussissait quand même à se ravitailler de quelques légumes. Mais il va bien. Quand il m’a donné les premières informations sur le virus, je prenais cela à la légère mais, maintenant, je me rends compte que c’est grave, que ce n’était pas une simple grippe et que c’était très contagieux. L’université se trouve près du CHU de Poitiers et je ne sais pas si c’est en lien avec le virus mais on entend beaucoup plus les sirènes des ambulances, il y a une ambiance particulière. Et puis, dans notre cité, un étudiant qui arrivait d’Italie a été mis en quarantaine, tout est devenu très concret. Je me suis donc confinée comme tout le monde. La peur est saine car il faut faire attention mais ce n’est pas bon non plus d’être trop angoissé. Bon, je me suis mise à la guitare et j’ai repris le dessin.

Quand je suis arrivée en France, j’ai commencé à lire des mangas et je m’en inspire pour faire des bandes dessinées. Je n’ai jamais arrêté le dessin alors qu’au départ personne ne m’encourageait à continuer. Je me souviens avoir fait le portrait de ma mère, furieuse, car elle n’avait pas trouvé cela très ressemblant, mon frère m’avait conseillé d’arrêter. J’ai suivi mon idée et j’ai progressé. Quand je tiens à quelque chose, plus on me décourage, plus je persévère. Après avoir eu mon bac à Pointe-Noire, je suis arrivée à Poitiers en 2018 et je suis en première année de licence des sciences de l’ingénierie. Je rêvais de devenir médecin mais j’ai échoué au concours alors je me suis orientée vers des études d’ingénieur. Je suis venue en France car le diplôme est plus reconnu qu’au Congo. Toutes mes proches avec lesquelles j’étais au lycée à Pointe-Noire ont choisi, après le bac, de faire leurs études à l’étranger, en Pologne, au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Portugal, au Sénégal. On se donne donc toutes des nouvelles des quatre coins du monde. Depuis l’annonce du virus, j’aurais préféré rejoindre ma sœur qui vit en France, mais j’ai été prise de court par le confinement. Financièrement, c’est un peu dur là, je n’ai pas payé mon loyer, je vais faire une lettre au service social du Crous pour demander une aide. Heureusement que la cité Rabelais du Crous organise des distributions de viande, de légumes et de fruits. J’avais l’intention de travailler dans un fast-food mais tout s’est arrêté.À Pointe-Noire, ma mère qui travaille dans une école a beaucoup suivi nos études. Des dictées, des dictées, des dictées. Qu’est-ce qu’on en a fait !Je revois mon père me dire : « Il faut mouiller le maillot pour avoir le bac, tout donner, de telle sorte que tu n’aies pas à le regretter. »

À Pointe-Noire, la vie n’est jamais calme, les gens se rendent visite sans se prévenir, les enfants passent la journée chez les voisins qui les accueillent de manière naturelle, ils se glissent dans la vie familiale qui se déroule à côté de chez eux, c’est un enfant de plus, c’est simple. Je me souviens de ma grand-mère paternelle qui m’apprenait des chansons en Lari, la langue traditionnelle, elle dansait, elle était contente. Je l’imitais et quand nous avions des visiteurs elle chantait et je dansais. Elle était formidable, j’avais l’impression qu’elle savait tout faire, elle vendait du manioc, des arachides, du charbon sur les marchés, ça marchait bien. La langue de ma mère est le vili. Je ne connais que quelques mots, j’aurais aimé l’apprendre pour la transmettre à mes enfants, car c’est une culture de chez nous. Je connais quelques mots du kituba et je me souviens d’une dame qui me critiquait pendant qu’elle me faisait des tresses et elle ne savait pas que je comprenais ce qu’elle disait. On ne doit pas oublier ses origines. Quand je prends de leurs nouvelles, dans ce contexte du coronavirus, ils me disent que l’attestation est payante, c’est une somme symbolique mais quand même ; tu dois aller au commissariat et acheter ton laisser-passer. En Afrique, il n’y a pas assez d’appareils respiratoires, donc si cela évolue mal, tu es foutu. Mais je suis optimiste, la Covid va bientôt disparaître, l’économie va se rétablir. J’espère que cela rendra les hommes plus humbles. Au moins, ils sont égaux devant cette maladie qui touche tout le monde mais pas égaux économiquement. Quand tout reprendra, je travaillerai et j’économiserai pour aller voir ma famille à Pointe-Noire.On fera la fête et on mangera un bon plat de saka saka, des feuilles de manioc écrasées avec de la pâte d’arachide, du poisson fumé, c’est trop bon ! Ça fait trois ans que je n’ai pas vu mes parents et mes frères et sœurs. Heureusement que je sens que ceux qui vivent en France ne sont pas loin. J’aimerais devenir ingénieure en électricité, le domaine de mon père finalement. Mais peut-être que je m’orienterai vers les robots qui opéreront bientôt seuls. Une manière de soigner les gens… à la pointe de la technologie.

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