Adèle Shakirova

Adèle Shakirova, 24 ans

« Je me suis lancée dans la poésie. »

Adèle vient du Kirghizistan, un pays de montagnes et de steppes. Résidente à la cité Rabelais, elle vient d’obtenir à distance une licence d’ économie et de valider sa licence II à Poitiers. Elle veut encore beaucoup voyager avant de réaliser un rêve : ouvrir une cafétéria avec de très bon cafés à Bichkek, New York ou Miami…

Je suis née à Bichkek, à l’est de l’Asie centrale, la steppe des nomades. De mon appartement, j’avais une très belle vue sur les montagnes environnantes où j’allais régulièrement marcher ou faire du vélo. C’est une ville d’un million d’habitants dans laquelle il y a beaucoup de parcs. Mais, en dehors du milieu urbain, les routes ne sont pas en très bon état. C’est un beau pays très vert. L’été, j’allais en vacances près du lac Issyk-Kul, dont l’eau turquoise et transparente ne gèle jamais, l’un des plus grands d’Asie centrale, entouré de montagnes enneigées. Ma mère travaille dans l’immobilier, elle est séparée de mon père qui était un homme d’affaires. Un cancer l’a emporté peu de temps avant mon départ en France. Je n’ai jamais vécu avec lui. Ses ancêtres sont originaires de Corée du Nord et il m’avait parlé un jour de son arrière-arrière-grand-mère qui, lui avait-on raconté, était une princesse qui aurait voulu épouser un homme d’une condition pauvre et qui aurait quitté le pays après avoir eu un refus de ses parents. Je ne sais pas si c’est une légende, je n’en sais pas beaucoup plus car mon père n’aimait pas bien parler de la Corée du Nord. Je sais qu’il est né dans une rizière d’Ouzbékistan où sa famille avait immigré car ma grand-mère n’avait pas eu le temps d’aller à l’hôpital. Ma grand-mère maternelle est d’origine russe et tatar où se trouve une partie de sa famille, ma mère est Kirghize du côté de son père. Elle comprend le kirghize mais ne le parle pas bien. Je parle le russe, qui est ma langue natale, je ne pratique pas le kirghize. Tous les ans, le 21 mars, nous fêtons le nouvel an kirghize, on mange un gâteau qui cuit 7 heures, des concours équestres sont organisés, des yourtes sont installées. L’été, les Kirghizes dorment sous les yourtes, dans les steppes et les montagnes. Après le baccalauréat, j’ai commencé une licence en économie et en gestion et, à 17 ans, je suis partie en Chine, à Dalian, une ville près de la mer, où j’ai étudié le tourisme et le management. Je suis ensuite retournée à Bichkek pour repartir en 2018 faire une licence d’économie à Poitiers, dans le cadre d’un échange avec l’université kirghize nationale.

Au début du confinement, d’un coup, tous les Français sont rentrés chez eux, le couloir s’est vidé, nous n’étions plus que deux à l’étage. J’ai plutôt bien vécu cette situation car j’ai été fille unique jusqu’à l’âge de 12 ans. Je suis donc habituée à la solitude et j’adore lire. J’aime la poésie de Shakespeare et la poésie russe, Alexandre Pouchkine, Serguëi Esseninne, Anna Akhamatova… Leurs poèmes d’amour me transportent, je suis sentimentale. Le confinement a été une période propice pour créer quelque chose de nouveau, je me suis lancée dans l’écriture de poèmes. J’aime aussi la littérature, Le Maître et Marguerite de Boulgakov, ce récit sombre un peu magique, cette histoire d’amour entre le Maître et Marguerite. Et je viens de commencer Une vie de Maupassant. J’adore la langue française, elle est si romantique et agréable à écouter. Donc je ne pouvais m’ennuyer avec tous ces textes et puis j’avais du travail entre la licence que je termine à distance avec le Kirghizistan et mes cours à l’université de Poitiers. Et puis je n’étais pas seule, nous sommes neuf Kirghizes à l’université de Poitiers. J’ai réalisé que nous risquons de vivre d’autres périodes de privations de nos libertés, il faut utiliser au mieux le temps que l’on a lorsqu’on est libre et le déguster. Je prenais des nouvelles de mes proches qui allaient bien, ils étaient confinés comme nous, ne sortaient avec leur autorisation que pour faire des courses et le couvre-feu commençait à 21h. J’espère pouvoir aller les voir à l’automne ou en décembre et retrouver ma grande amie qui est professeure de français et d’anglais à la capitale. J’ai essayé de ne pas trop écouter les infos des médias ou des réseaux sociaux car je n’aime pas me charger d’informations négatives. Le confinement vient de s’achever. En juin, j’ai validé ma dernière dissertation en économie de 60 pages que j’ai présentée en vidéo conférence et je suis titulaire de ma licence kirghize, je viens aussi d’apprendre que j’entre en licence II à Poitiers. Je compte poursuivre jusqu’au master en France, travailler pour acquérir de l’expérience, puis peut-être voyager un peu, retourner en Chine, aller en Finlande.
J’aimerais passer quelque temps dans le milieu bancaire, parfaire mes connaissances en macro économie et réaliser un rêve que j’ai depuis toute petite : créer ma cafétéria avec du bon café… J’ai été barista dans un hôtel quatre étoiles à Bichkek. J’ai toujours du bon café où que je sois… J’imagine une cafétéria très chaleureuse, cosmopolite, peut-être à Bichkek si ma mère et mon frère décident de rester là bas. Je dis cela car ma mère envisage de vivre à New York ou à Miami… Cela pourrait être une bonne raison de m’y installer car je prévois de toute façon d’aller travailler aux USA. J’aurai toujours le Kirghizistan dans mon cœur, ce pays où les gens savent être heureux, ne cherchent pas à faire carrière et à gagner absolument de l’argent. J’emporte avec moi cette manière de vivre mais je suis, avant tout, une enfant du monde. Peut-être mes origines multiples et nomades.
Non merci

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