Thibaut

Thibaut*, 33 ans

Citoyen du monde

Après avoir visité quelques pays de l’Afrique de l’Ouest, Thibaut* a décidé de continuer en France ses études, entamées au Bénin, pour approfondir sa réflexion humaniste, s’enrichir et développer ses champs d’intérêts : l’ humanitaire, la diplomatie et les sciences politiques. Mon objectif n’était pas de venir absolument en Europe, j’aime voyager… Après avoir obtenu mon master en relations internationales et les sciences politiques au Bénin, je suis allé au Togo, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Ghana. J’ai tellement besoin de bouger, de m’imprégner des cultures, des manières d’envisager la vie collective, des points communs et des subtiles différences de pratiques entre un pays et un autre. De 2014 à 2016, je suis resté en Côte d’Ivoire. En 2017, j’ai obtenu une bourse du consulat français au Bénin pour continuer mes études. C’est ce qui explique ma présence en France. Mais je dois reconnaître que je n’ai jamais considéré la France comme un eldorado. C’est pourquoi mon principal objectif est de quitter la France dès l’obtention de mon diplôme de doctorat que j’espère commencer d’ici-là. Je suis arrivé en 2017, dans le cadre d’une coopération entre le Bénin et la France. Je m’intéresse particulièrement à l’implication des collectivités territoriales françaises dans l’aide au développement de la France en Afrique. Je suis titulaire de deux masters, l’un sur la migration internationale et l’autre en management public obtenu à l’Institut de préparation à l’administration générale de Poitiers.

J’envisage de commencer une thèse en sciences politiques sur les collectivités territoriales. Je suis né à Ouidah d’où ma mère est originaire, une ville historique située à 42 kilomètres de Cotonou, un des principaux ports d’où partaient les esclaves, la place « Chacha », surnom d’un célèbre négrier, rappelle ce marché funeste. Les esclaves marchaient enchaînés des kilomètres avant d’être embarqués au port de Ouidah. Ils devaient tourner autour de l’arbre de l’oubli symbolisé par une statue. On voulait qu’ils deviennent amnésiques. A trois ou quatre ans, nous nous sommes installés à Cotonou. Ma mère vendait du poisson au marché qu’elle allait parfois chercher au Nigéria. J’ai très peu connu mon père qui était gendarme. J’avais 2 ans quand il est décédé, j’ai grandi avec mon frère aîné, ma mère et mes cousins. Nous étions une bande de huit enfants, on faisait tout ensemble, on allait à l’école, on se disputait, on se battait, on jouait… Ma mère était très protectrice, une déesse pour moi. Elle nous a appris à nous respecter et à respecter les autres, savoir reconnaître ses limites et aussi sa place au sein du groupe. Par exemple, je ne peux pas m’adresser à ma mère ou à mon frère comme si nous avions le même âge. Le respect, l’humilité, et dans une certaine mesure la soumission doivent transparaître dans chaque propos que je tiens en leur présence. L’enfant que j’étais avait des droits et des devoirs dans la société et dans la famille. De même, l’adulte que je suis aujourd’hui a des devoirs et des droits dans la famille. Je ne peux exprimer la quintessence de ce qu’elle nous a transmis. Sans elle, je n’aurais pas fait d’études. Je me rappelle encore de cette période de ma vie passée dans un internat parce que maman était gravement malade et pratiquement à l’article de la mort. Une période très douloureuse qui au final se soldera par plus de joie que de crainte. Mon passage à l’internat a boosté mon potentiel et m’a donné le goût pour les études et ma mère finira par guérir… C’était simplement un miracle. Elle a eu raison de m’envoyer dans cet internat. Je lui dois beaucoup. Elle a eu cette intuition qui a changé ma vie.

J’ai fait un bac littéraire… J’aime les écrivains engagés et humanistes, comme Aymé Césaire, le Martiniquais qui a défendu les opprimés, a combattu l’acculturation du peuple noir, Ousmane Sembène, un Sénégalais qui a œuvré pour la démocratisation de la culture, a fait beaucoup de petits boulots avant de devenir un écrivain majeur. Je me souviens aussi de l’œuvre d’Olympe Bhêly-Quenum, un grand homme de presse, diplomate. Son roman Un Enfant d’Afrique raconte l’histoire d’Ayao, surnommé « le petit homme », l’avant-dernier d’une famille de sept enfants qui a très tôt eu une soif d’instruction et une volonté de construire des écoles dans son village. Je me suis retrouvé dans l’histoire de ce petit qui relate la solidarité et la vie animée dans une famille africaine. J’ai aussi lu Rousseau, Montesquieu, Machiavel… Cette période de confinement a été très difficile. Heureusement que j’avais un job dans une maison de retraite qui me permettait de sortir de l’ennui et de la solitude. Un locataire français dans la chambre voisine de la mienne était complètement silencieux. C’était presque inquiétant, en Afrique, c’est tellement rare. Je suis allé frapper à sa porte. L’individualisme dans lequel s’enfermaient les gens me perturbait. Je me disais que j’allais peut-être essayer de rentrer chez moi, retrouver la vie africaine. Mais j’ai un beau réseau d’amis ici. Et puis j’étais plutôt relax, je ne me suis pas mis la peur au ventre. Une autre vie active et solidaire s’est organisée. Dans une maison de retraite, je suis devenu assistant de vie et de sécurité. J’interviens aussi auprès des personnes âgées dans les maisons de retraite, la nuit. J’étais aussi avec mes amis aussi détendus que moi. Nous aurions craqué si nous étions restés dans nos chambres alors nous nous retrouvions pour parler de tout et rien, partager des repas. Depuis que je suis enfant, j’ai toujours étudié suivant mon inspiration du moment. Je peux avoir des périodes sèches où étudier devient un calvaire et d’autres où je suis à fond dans mes études. Je fais selon mon envie. Je suis resté l’enfant que j’étais, quand j’ai envie de faire quelque chose je le fais. Je menais ma vie sans me faire un monde du coronavirus. Si vous créez la psychose, vous provoquez la maladie. J’ai une amie Comorienne qui avait la phobie de la Covid, elle l’a attrapé et s’est fait soigner à Marseille avec le protocole du docteur Raoult. Je ne suis pas sûr que le fait de nous mettre dans une prison à ciel ouvert ait été une bonne chose. Nous aurions surtout dû généraliser les tests.

Au Bénin, il y avait des zones sous quarantaine et d’autres où les gens continuaient de se déplacer. Comment demander aux Africains qui vivent dehors et ensemble d’appliquer ces règles d’isolement et de solitude. Ce virus montre surtout que nous enfreignons une règle sacrée d’un manque de respect de la nature. L’individualisme et la déification de l’homme le mènent à devenir un danger pour la nature et pour sa propre espèce. La Covid n’est qu’une des leçons à apprendre. J’ai fait la visite de quelques pays (l’Allemagne, les Pays-Bas), j’aimerais poursuivre en Espagne, en Italie. Après la thèse, j’ai le projet de travailler dans l’humanitaire pendant quelques années et ensuite mettre en place mon cabinet de conseil et de consulting en matière de développement au profit des collectivités et associations en Afrique et au Bénin. J’aimerais travailler dans l’humanitaire, le développement ou la diplomatie. Ce sont des métiers auxquels je pense depuis l’enfance. « Voyager tout en travaillant », des métiers qui me permettent d’allier passion et travail. J’aime l’Afrique, le caractère spontané de nos relations, la chaleur humaine, la conscience de la dépendance vis-à-vis de sa communauté de vie, l’importance de la famille… Un proverbe africain dit : « Le jour où tu mourras, c’est ta famille qui t’enterrera, la famille est sacrée. » Le retour à la terre…est aussi un domaine qui me passionne… Je voudrais mener des projets dans l’agriculture… Dans notre famille, on a toujours créé des fermes familiales…La terre ne ment jamais dit-on, elle donne toujours si on connaît bien le sol…Un principe philosophique qui me va bien…

* Préférant garder l’anonymat, son prénom a été modifié.

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