Tamara Mansuy

Tamara Mansuy, 19 ans

« On a l’impression que plus rien ne sera comme avant. »

Après avoir grandi en Bretagne, Tamara a passé son adolescence en Guyane, suite à un drame familial. Elle était revenue en métropole pour suivre une formation scientifique puis s’est réorientée en DUT de commercialisation à Châtellerault. Elle aimerait créer une entreprise de transport pour pouvoir continuer de voyager.

Je suis née en Martinique. J’ai passé les douze premières années de ma vie à Douarnenez en Bretagne puis je suis partie avec ma sœur et mon père vivre en Guyane où j’ai poursuivi le reste de ma scolarité. Mon père est technicien de l’Ifremer, l’Institut français de la recherche pour l’exploitation de la mer. Son rôle est de s’assurer qu’il n’y a pas de surpêche et d’analyser l’état de la faune marine. Il est Vosgien d’origine, mais il a toujours aimé la mer, la pêche, le bateau. Nous avons quitté la Bretagne suite au décès de ma mère. Mes parents étaient déjà séparés à ce moment-là. Nous avons donc recommencé une nouvelle vie en Guyane, à Remire-Montjoly, à 15 minutes de Cayenne, et ce n’était pas plus mal… Les début ont été difficiles, comment se dire que l’on a perdu une mère pour toujours, que pendant toutes ces années il va falloir faire avec ça. Cela m’a rendue indépendante et débrouillarde et j’ai l’impression que rien ne pourra m’arriver de plus douloureux, j’encaisse des choses plus facilement.

L’intégration ne s’est pas faite immédiatement, nous sommes arrivées en milieu d’année au collège et puis à la rentrée de quatrième je me suis vraiment fait des amies. Une vie assez douce a commencé car en Guyane on a quand même le sentiment que c’est toujours les vacances, la mer, les cocotiers… J’adore aller à la plage. La difficulté est de se mettre au travail. Étudier quand on vit dans cette ambiance demande un effort. On allait faire des randonnées en forêt, on découvrait des insectes qui sont deux fois plus gros qu’en France, des serpents, des araignées… Je me souviens d’un voisin qui avait trouvé un anaconda. Nous croisions aussi des petits singes. J’ai visité l’ancien bagne de Cayenne. J’ai des images très présentes du carnaval qui est un événement là-bas, les défilés et les costumes sont somptueux. On fait la fête comme on sait la faire en Amérique Latine, un peu comme au carnaval de Rio, au Brésil qui n’est pas loin. On dit que c’est le plus long carnaval du monde. Tous les samedis, on danse et on se déguise de janvier à mars. On est pris dans cette fête incroyable où on ne doit pas refuser les invitations à manger, à danser, les nuits sont souvent blanches. Mais on ne fait pas que la fête en Guyane.Après mon bac S que j’ai passé en Alsace où j’ai retrouvé de la famille, j’ai voulu intégrer une école d’ingénieur des marines marchandes à Marseille, mais je n’ai pas eu le concours. J’ai commencé un DUT génie thermique et énergie, mais c’était trop difficile et je ne m’imaginais pas dans les filières des chaînes du chaud ou du froid. J’ai donc décidé d’intégrer un DUT technique de commercialisation à Châtellerault, en septembre prochain. J’aimerais bien créer une entreprise dans le transport en Guyane. En tous les cas, j’aimerais faire un métier qui me permettra de voyager. J’envisage aussi de travailler dans le tourisme ou l’hôtellerie.

Quand je suis arrivée en France, j’ai pu reprendre contact avec ma famille, par exemple ma grand-mère paternelle de 70 ans que j’aime beaucoup. Cela m’a aidée pendant le confinement où il y a eu des jours où je me suis sentie un peu seule. C’est pesant d’être enfermée entre quatre murs, ça fait beaucoup réfléchir sur des choses qui nous sont arrivées ou sur certains problèmes qu’on traverse alors qu’en temps normal on n’y pense pas forcément. On apprécie plus des choses basiques, aller faire les courses ou prendre des nouvelles des uns et des autres. Je passais du temps à regarder des photos de famille en Martinique, en Bretagne. On allait marcher sur la plage des Dunes avec ma mère, on avait un chien. L’enfance, jusqu’au brutal départ de ma mère, c’était le bonheur. Ce temps de confinement m’a ramenée au passé. Heureusement, à la cité Marie-Curie, il y a toujours du mouvement, c’est une présence qui fait du bien. Mais ça m’a fait un peu peur cette Covid. On a l’impression qu’on ne s’en débarassera jamais, que même à la fin du confinement rien ne sera pareil. Je redoute un peu « la nouvelle vie » à laquelle on sera confronté après. Au début, j’ai même pensé rentrer en Guyane, mais cela voulait dire que les deux enfants que mon père a eus là-bas auraient dû dormir dans la même chambre. Et ma sœur vient d’avoir un bébé, je ne voulais pas la déranger. Finalement, je suis restée à la résidence du Crous. Et j’étais très inquiète car ma tante, la sœur de ma mère, infirmière, a été prise en renfort dans un Ehpad à Strasbourg, où les deux tiers des résidents étaient malades, certains sont morts. Mais fin mai, j’ai appris qu’elle allait bien, elle a pu retourner vivre avec ses enfants. Elle a fait les tests, elle n’a pas été contaminée. Cette bonne nouvelle sur la santé de la sœur de ma mère qui a été au plus proche de la maladie et s’en est sortie me redonne beaucoup d’espoir. La roue tourne. Quand j’étais plus jeune, je lisais beaucoup et j’écrivais de petites histoires. Je vais peut-être me remettre à l’écriture.D’ici une semaine, je rentrerai en Guyane pour les vacances. J’ai eu mon attestation pour partir et j’ai trouvé un avion. Je vais retrouver la plage, les copines, une certaine légèreté. Ça fait deux ans que je n’y vis plus, je ressens un gros manque. Ce territoire fait aussi partie de moi maintenant.

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