Shelly Martineau

Shelly Martineau, 20 ans

« Le confinement a été un repli nécessaire. »

Shelly est poitevine, elle aurait pu retourner vivre chez sa mère pendant le confinement mais elle a préféré rester à Marie-Curie afin de réfléchir à la manière dont elle peut appréhender son rêve de devenir styliste designer sans se brûler les ailes.

«Tu es plus légère qu’un sac de farine, tu aurais pu loger dans ma main, 750 g et 28 cm. » Ce sont des mots que j’ai entendus souvent dans la bouche de ma grand-mère et de ma mère. Je suis née grande prématurée, à cinq mois, à Angers. J’ai fait deux crises cardiaques, une de trois secondes et une de sept secondes. Je crois qu’au bout de dix secondes, on cesse de ranimer un bébé. Je m’en suis sortie indemne, j’aurais pu garder des séquelles neurologiques, être paralysée. J’ai eu un accident de voiture aussi plus tard. J’ai beaucoup déménagé avec mes parents dans la Vienne, ils se sont séparés lorsque j’avais 8 ans, je ne l’ai pas bien vécu. Mais j’étais déjà dans mon univers, je voulais créer des vêtements de rêve. J’ai commencé par vouloir faire des robes de mariées, de princesses, un rêve de paillettes, sous les feux de la rampe, tout en ayant les pieds sur terre. J’ai passé un bac pro de mode et le BTS de mode créé voilà deux ans, dans le lycée le Dolmen où j’étais, à Poitiers. En stage, j’ai rencontré la présidente de Miss Rondes Poitou-Charentes, Lydia Gremillet, une personne qui à mes yeux était aussi importante que Jean-Paul Gaultier. J’ai fait la connaissance de Marina Fontaine, Miss Ronde Poitou-Charentes 2016. Et puis j’ai traversé une phase difficile, une dépression certainement liée au fait que mon père avait refait sa vie lorsque j’avais 12 ans. Sans doute, le vieux complexe d’Œdipe.

À 17 ans, j’ai trouvé refuge dans un autre univers qui m’a sauvée : la musique sud coréenne et en particulier le très branché groupe sud-coréen de K-pop, The BTS. Et j’ai abandonné les paillettes des robes à cerceaux pour imaginer des vêtements d’artistes. Pendant ce temps, mon père arrêtait son activité de charpentier pour devenir désamianteur et ma mère qui avait travaillé dans les animaleries se passionnait pour sa nouvelle activité d’éducatrice canin. On a eu un chien sourd et elle s’est aperçue qu’elle pouvait communiquer avec lui par le regard et le langage des signes : comprendre l’animal au lieu de le soumettre et éduquer les maîtres avant d’éduquer les chiens… J’ai vu ma mère qui pouvait être autoritaire évoluer vers une approche plus douce et mesurée de l’éducation, ça m’a fascinée. Dans la famille, on aime la musique, mes grands-parents, qui sont éducateurs spécialisés, écoutent du jazz et de la soul.Donc, j’ai imaginé que je pourrais faire des vêtements adaptés à ces artistes que j’aime. Ils ont un style acidulé et décalé qui me correspond. En Corée, ils osent des choses, cheveux colorés, tee shirt bariolés. L’un d’eux, Kim Taehyung, que je suis particulièrement sur les réseaux sociaux, est l’égérie de Gucci. Le groupe s’inspire de Carl Jung. Ils ont des visages assez androgynes aux traits très fins et juvéniles, sont à la fois chanteur, compositeur, acteur. Je me suis beaucoup inspirée du fait qu’ils donnent l’impression de se ressembler tous mais en réalité chacun a un style et une personnalité. Pendant ce confinement, cela a été l’objet de ma réflexion… J’étais seule dans ma chambre de Marie-Curie, j’avais l’esprit qui divaguait et je pensais au fait que lorsque j’étais plus jeune je voulais rendre une femme unique mais avec des vêtements stéréotypés qui correspondaient à un rêve de petite fille. Fini les noisettes qui se cachent derrière la même coque.

Maintenant, j’ai envie de créer des vêtements qui soulignent les caractères, bien au contraire. Je ne veux plus chercher à mettre une femme sur un piédestal mais à lui donner un vêtement qui est l’expression de sa personnalité. Ces chanteurs sont engagés pour les droits de l’enfant à l’Unicef et cherchent à se mettre au niveau de leurs fans. Ils font pourtant partie des groupes qui réunissent des dizaines de millions de vues sur internet. Ils ont plus de 22 millions de fans dont certains très acharnés apprennent le coréen pour les traduire.Avant le confinement, je devais faire une étude de planche d’arts, étudier un domaine et créer cinq tenues. Je me suis inspirée de ce groupe et de l’influence qu’a eue sur eux La Métamorphose de Kafka. Ça m’a donné envie de visiter la Corée du Sud, le pays de ce courant musical qui m’a sauvée. J’ai fait un an de chinois, j’essaye d’apprendre le coréen. Au début du confinement, on était dans les chambres les plus basiques avec des douches en commun.

À cause des normes en période de confinement, on a eu des commodités sanitaires dans nos chambres. Je ne sortais que pour faire chauffer ma nourriture au micro-onde, je voyais de moins en moins de gens. Est-ce que la solitude c’est se sentir seule au fond de soi ou être seule physiquement ? En tous les cas, j’ai eu un temps de pause dont j’avais besoin, je ne savais pas comment faire pour le mettre en place, le confinement a été une opportunité. En classe, on a étudié le film Into the wild et on a écouté l’écrivain Sylvain Tesson parler de la vie à l’écart des hommes en auto-suffisance. J’ai réfléchi à cette expérience que nous vivons d’être en repli afin de faire un travail d’introspection avant de revenir en société. Je me couchais vers deux heures du matin, me réveillais à midi, l’après-midi je travaillais sur mes devoirs et le soir je parlais avec mes amies, je m’étais créé une routine. Il y a eu aussi des coups de mous. J’ai aussi eu des symptômes de la Covid-19, j’ai toussé, je me sentais extrêmement fatiguée, j’ai eu des douleurs musculaires pendant une petite semaine et c’est passé. Bizarrement, cette situation chaotique m’a rendue optimiste, ça m’a été utile. Je veux cesser d’être la petite crevette qui avait besoin de protection. J’étais une chenille qui s’éparpillait, on m’a enfermée dans mon cocon. Je suis plus déterminée sur mes choix d’études. On me dit que j’ai de bonnes idées de création mais que je ne suis pas assez minutieuse, un peu brutus mais âme sensible. On me dit : « Les vêtements que tu as réalisés ne sont pas communs, ce n’est pas non plus trop extravagant. » Leur avis est quitte ou double.Cette année, je finis mon BTS qui est en bonne voie, je tente un DSAA, Design des arts appliqués, à Paris ou à Lyon, ou une licence de mode. Je veux améliorer mon coup de patte, devenir styliste, modéliste. Je veux être moins dure avec moi-même, au lieu de me dire ce n’est jamais suffisant, je me dis : « Allez même si je ne suis pas acceptée, je peux être fière de mon dossier et j’ai les capacités de faire ce que je veux. »J’ai échappé à la mort plusieurs fois, enfant, j’ai traversé une dépression, je me dis que si je suis toujours là, c’est bien que j’ai quelque chose à faire.

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