Olivier Kouassi

Olivier Kouassi, 22 ans

« J’ai un rythme de chauve-souris. »

Olivier est en deuxième année de génie civil, résident au Crous de Marie-Curie. Cela fait deux ans qu’il a quitté la Côte d’Ivoire pour rejoindre l’Université de Poitiers.

Je me fais plutôt bien au confinement. C’est surtout le rythme de ma journée qui a changé. J’avais l’habitude de travailler dans la salle informatique de l’école de génie civil mais depuis le confinement je reste dans mon logement et je suis beaucoup moins motivé, moins concentré. Notre matière principale, « la construction, les fondations », n’a pas pu être assurée donc cela nous a un peu démobilisés. J’ai un rythme de chauve-souris, je me couche très tard et je dors dans la journée. Avant je pouvais étudier quatre heures d’affilée, maintenant je ne dépasse pas une heure trente.Le temps passe lentement, on se retrouve à deux ou trois dans les couloirs, on prend un peu l’air. Je n’avais pas l’habitude d’aller au restaurant universitaire, je me suis toujours fait la cuisine à la résidence, principalement des plats à base de riz, donc cela ne change pas vraiment mes habitudes. Souvent, dans la cuisine, c’est moi qui fais la rigolade, j’aime mettre de l’ambiance. On se retrouve à trois ou quatre, c’est comme une famille. Je n’étais pas un grand fêtard donc je ne me sens pas privé des soirées étudiantes.Je viens de Côte d’Ivoire, je suis autonome financièrement, je perçois une bourse et je viens d’avoir le permis de conduire. Mais j’avais prévu de faire des jobs dans la restauration pour payer mon assurance voiture qui est assez élevée car je suis jeune conducteur. Je voulais m’acheter un ordinateur PC. Tout est tombé à l’eau et je suis en train de m’endetter.

J’ai des nouvelles de Côte d’Ivoire, ça va, personne n’a été contaminé dans ma famille. En Côte d’Ivoire, le confinement est compliqué à respecter et la vie va devenir plus difficile. À Abidjan, ma mère aurait continué à travailler si l’hôtel qui l’emploie comme femme de ménage n’avait pas fermé, cela va être compliqué pour elle de payer son loyer. Nous n’avons plus de contact avec mon père depuis des années. Le gouvernement incite les gens à rester chez eux mais c’est impossible à appliquer en Afrique. Des médecines traditionnelles semblent donner des résultats pour guérir de la Covid dans certains pays d’Afrique mais les États ne les prennent pas au sérieux.Le virus ne m’inquiète pas, je ne m’imagine pas avoir le virus. On ne s’imagine pas que ça va nous toucher. Nous avons su qu’une étudiante avait eu des symptômes, le 15 est venu…Quand je parle avec d’autres étudiants, je les vois poster des petits films sur Facebook, je sens à quel point tout le monde s’ennuie. Et je me dis que cet ennui est imposé aux hommes pour leur montrer qu’ils ne peuvent rester à rien faire, que l’activité est essentielle à leur équilibre. Heureusement que je suis allé voir ma famille cet été en Côte d’Ivoire, je ne l’avais pas vue depuis trois ans… Avec ce qui se passe, je ne suis pas prêt d’y retourner. Vous savez je suis chrétien, je n’ai pas peur de la mort. Ce qui arrive ne me surprend pas. Et je pense que nous allons devoir affronter des fléaux plus importants, un climat politique plus instable, des conflits localisés, des épidémies plus graves. Non. Je ne suis pas triste, vous savez, cela fait bien longtemps que je n’ai pas senti couler une larme…Vous me demandez si je lis. Non, je ne suis pas un grand lecteur.

Mais me revient ce souvenir…À l’âge de 12, 13 ans, je m’étais mis à écrire quelques chapitres d’un roman. L’histoire d’une île dans laquelle ne vivaient que des femmes… J’ai tout laissé en Afrique et ma mère m’a dit qu’elle n’avait pas retrouvé ces écrits. Ça m’a fait tellement mal d’avoir quitté la Côte d’Ivoire sans ces essais d’écriture. Oui, ça m’a fait très mal. J’aurais pu me ranimer l’esprit en lisant mes écritures d’enfant.

Non merci

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