Nioucha Tetekpor-Yooman

Nioucha Tetekpor-Yooman, 21 ans

« Nous serons mis en quarantaine dans un hôtel au Ghana. »

Etudiante en FLE (français langue étrangère) à Poitiers, Nioucha a quitté son pays pour prendre un bain linguistique qu’elle avait déjà commencé à l’université du Ghana, au contact d’un père professeur de français et à travers ses lectures. Elle redoute un peu le retour dans son pays qui impose aux ressortissants une quarantaine dans un hôtel afin de protéger la population d’ éventuelles contaminations. J’ai eu une enfance heureuse à Accra, la capitale du Ghana. Mon père est professeur de français et ma mère professeure de sociologie. J’échange beaucoup avec eux et cela tombe bien car j’adore parler. J’aime débattre, exprimer mes opinions. J’aimerais devenir avocate dans le commerce. Je suis en licence de sciences politiques mais j’envisage de m’orienter en droit. Mon père est assez strict et silencieux et ma mère est sociable. Nous vivons parmi les livres. Mon père est d’origine togolaise, il aime la complexité de la langue française. J’ai des oncles et des tantes au Togo. Cela explique aussi notre amour de la langue française. Je suis très proche de mon grand-père maternel qui vit au Ghana et de mes grands-parents paternels qui vivent au Togo. Je les vois chaque année, ils viennent à Accra.

J’aime ma ville, les jardins botaniques de l’université à Legon où je vais souvent me balader. Accra, son agitation, le bruit, la frénésie… Ses autobus que tu attends, sans horaires, qui ne bougent que lorsqu’ils sont pleins. Parfois six arrivent en même temps, les conducteurs tentent d’attirer le client. Ce n’est pas ce que je préfère en Afrique, j’aime la tranquillité, je peux être angoissée dans la foule…Je suis venue en France pour prendre un bain linguistique, en FLE. J’ai choisi Poitiers pour sa réputation de vie étudiante dynamique. J’adore le mélange des cultures dans ma classe : des Syriens, des Chinois, des Taiwanais, des Américains, des Russes. Pendant le confinement, je faisais des exercices de FLE en ligne dans ma chambre de 9 m2. À Poitiers, j’ai la chance d’avoir Rita, c’est la tante de mon père mais je la considère comme ma grand-mère. Chaque dimanche, nous allons à l’église Saint-Paul, nous déjeunons ensemble et nous bavardons beaucoup.J’ai eu du temps de me souvenir des beaux moments au Ghana… Mes parents avaient organisé une fête pour mes 6 ans, dans la maison de mon enfance. Il y avait un très beau patio, ma mère avait préparé un poulet pour moi. Je me souviens avoir changé de robe trois fois. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour voyager en France. Je suis allée voir un oncle qui vit à Montargis, il m’a emmenée visiter Paris, j’ai vu la Tour Eiffel, j’ai marché le long de la Seine.

Pendant le confinement, c’est la bibliothèque universitaire où je passais des heures qui me manquait le plus. Heureusement, j’ai une petite bibliothèque dans ma chambre. J’ai lu Nil de Lynne Matson, histoire d’une femme qui se réveille sur une île merveilleuse qui n’existe pas, Hannah de Paul-Lou Sulitzer, histoire tragique d’une jeune femme juive polonaise au xixe siècle. J’ai validé mon année de FLE, je vais rentrer au Ghana pour finir ma licence en sciences politiques. Maintenant que nous avons déconfiné, avec les autres étudiantes étrangères, nous allons visiter La Rochelle avant de partir. Je vais pouvoir aller dans les pâtisseries, j’adore les gâteaux au chocolat, les viennoiseries, cela me manquera quand je rentrerai. Je ne visiterai pas tout ce que j’avais prévu en Europe. J’étais sur le point d’acheter mon billet pour l’Italie quand le confinement s’est déclenché. Je devais partir rejoindre ma tante qui est infirmière à Milan. Elle a été affectée à l’hôpital au secteur de la Covid. Nous parlions souvent avec elle. Quand elle a vu à quel point les patients souffraient car ils avaient du mal à respirer, des cas graves, ça lui a fait peur. Mais elle disait que c’était son métier. J’avais le projet d’aller à un mariage de la famille en Angleterre et cela n’a pas pu se faire. Mes parents veulent que je rentre le plus tôt possible, ils préfèrent que je sois avec eux, ils me sentent plus en sécurité avec eux qu’ailleurs. Moi je me sens bien à Poitiers, je me sens en sécurité et je préfère attendre que tout se calme au Ghana. Actuellement, on se demande encore comment on va rentrer.

Des vols ont été annulés, le mien a été confirmé en août mais rien n’est sûr. Quand on aura atterri, on fera tout de suite un test et on va être mis en quarantaine dans un hôtel, mais cela sera à notre charge et cela risque d’être onéreux. On est en train de négocier le fait d’être installés sur le campus d’Accra pour ne pas payer trop cher. Au Ghana, il y a une augmentation des cas mais peu de morts. Mais cela n’a rien à voir avec ce qu’on a vécu en France. Cet événement a changé ma vie quotidienne, je ferai mes courses moins souvent et en plus grande quantité, je suis devenue plus prévenante, car on ne sait pas vraiment ce qui va nous arriver. Dés que je serai sortie de la quarantaine à Accra, ce n’est pas la foule, le bruit, l’activité de la ville que je retrouverai avec plaisir mais la nourriture. Je partagerai un foufou avec ma famille, un mélange de manioc et de banane plantin et sa sauce parfumée de pâte d’arachide, d’ail, de tomates et d’épices, un plat qu’on ne fait pas tous les jours car il se cuisine à plusieurs mains. Un plat collectif, un plaisir partagé autour des odeurs d’épices, des discussions animées. On peut quand même retrouver ce délicieux plat dans les restaurants ou en street food… C’est cette Afrique-là qui me manque. Ces saveurs, ces odeurs, cette ambiance.

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