Nathanaël Matondo

Nathanaël Matondo, 31 ans

« Les hommes se consolent comme ils peuvent. »

Nathanaël a été touché par la pandémie avant tout le monde en France. Sa mère qui était venue du Congo-Brazzaville pour voir ses quatre fils a été emportée par la Covid-19. Depuis, porté par la force de vie qu’elle lui a transmise, il fait tout pour que d’autres ne soient pas à leur tour foudroyés par le virus. En 2008, j’ai quitté le Congo-Brazzaville après le bac, j’avais 19 ans et j’étais parti dans l’idée de faire des études scientifiques. Mais j’ai compris que je n’allais pas y trouver mon bonheur, pourtant j’ai intégré le cursus supérieur en prépa math sup à Limoges. J’ai été accepté à Limoges où j’ai tenté médecine mais j’ai arrêté en pleine préparation du concours. J’ai travaillé en chrono drive en CDI à la préparation des commandes et puis, en 2013, j’ai vraiment décidé de me lancer dans ce que j’aimais, j’ai arrêté de faire des choix par convention. Je ne voulais plus m’inscrire dans un cycle d’études parce qu’on me l’avait conseillé. Je suis à l’Institut de préparation à l’administration générale, en management de l’État et des organisations. Je viens de finir mon master II, nous avions heureusement terminé les partielles quelques jours avant le début du confinement. Il ne me reste qu’un mémoire à rendre en sciences politiques. J’avais un besoin d’émancipation intellectuelle. Je n’oublie pas les mots de Martin Luther King que mon père avait affichés en gros dans notre maison : « Quoi que vous fassiez, faites le bien. » Ce qui m’intéresse ce sont les sciences humaines, je lisais beaucoup Bourdieu. Mes parents sont de grands lecteurs, pour mon père c’est une passion. On a eu beaucoup d’échanges avec lui sur des questions existentielles. Il est à la retraite, c’est un ancien gestionnaire d’entreprise, il vit au Cameroun.Récemment, j’ai eu aussi un choix à faire : entrer dans la vie professionnelle ou me lancer dans une thèse de sciences politiques.

Après avoir longuement réfléchi, j’ai décidé de faire les deux. La moitié de la semaine est consacrée à l’écriture de ma thèse et l’autre au conseil en gestion du patrimoine au sein d’un groupe d’indépendants. J’ai vécu le début du confinement d’une manière très brutale. Ma mère, conseillère d’orientation à la retraite, diplômée en psychologie, avait exprimé une envie de venir nous voir. Elle souffrait un peu de la solitude à Brazzaville et elle avait besoin de retrouver ses fils qui vivent en France. Elle a donc passé du temps avec chacun de nous et séjournait en mars chez un de mes frères qui est médecin en Normandie. Mais au moment où l’on ne parlait pas encore du virus, elle s’est sentie mal. Rien d’alarmant, une toux, de la fièvre et puis son état s’est aggravé et elle a été hospitalisée. Elle a été emportée, le 23 mars, à 68 ans, et nous avons donc découvert le coronavirus. J’ai pu lui parler, le 16 mars, la veille de son hospitalisation. Elle me disait des paroles de sérénité et de joie. « Soyez en paix, restez unis. » C’est maman, elle a toujours été comme ça. Dans son métier de conseillère d’orientation auprès des adolescents, elle était une oreille attentive et savait trouver les mots de réconfort. Mon frère et son épouse, infirmière, ont ensuite été testés positifs à la Covid. Cette maladie m’a privé d’un être extrêmement cher, j’ai donc eu envie de m’engager pour que ce virus emporte le moins de gens possible. Avec les associations Entr’@ction et Assecam, en étroite collaboration avec le Crous, j’ai fait de la sensibilisation au respect des gestes barrières, j’ai participé aux distributions alimentaires. Nous voulions faire en sorte que les étudiants ne soient pas obligés d’aller au supermarché.Moi-même, j’ai reçu un soutien psychologique et financier du Crous pendant ces moments très délicats.

Maintenant, ne me restent que des souvenirs lointains de Brazzaville, tous mes frères vivent en France, mon ancrage est ici. Quand je suis arrivé, j’ai été accueilli par la famille d’un ami dans le Périgord qui est devenu ma famille de cœur. Je suis quand même retourné au Congo, voilà deux ans. J’ai ressenti de la nostalgie car tout avait changé. C’était une ville qu’on surnommait la verte, on entendait chanter les oiseaux, il y avait beaucoup d’arbres et de fleurs. Mais le temps a façonné le paysage, il y a de la modernité, beaucoup de béton, j’ai été pas mal dépaysé. Ma mère était ma principale attache au Congo. Elle n’est plus là mais elle est vivante en moi, je n’aurais pas pu rêver mieux comme maman. Humainement, c’était un modèle. Elle était tellement joviale que c’est devenu une ligne de conduite, je lui rend ainsi hommage. La poésie m’aide beaucoup, j’ai appris par cœur Les Fleurs du mal de Baudelaire : « Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur d’aller là-bas vivre ensemble. »Cette manière d’imager les émotions, ces vers emprunts de nostalgie et de mélancolie… Ce sont aussi les mots de Canon Henry Scott-Holland, un chanoine et écrivain britannique, qui m’aident beaucoup : « La mort n’est rien.Je suis simplement passé dans la pièce d’ à côté. »J’ai reçu des valeurs chrétiennes profondes… Bon… avec l’âge, je me dis que les hommes se consolent comme ils peuvent.

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