Jennifer Raynaud

Jennifer Raynaud, 22 ans
« On a pu se lâcher, retrouver une âme d’enfant. »
Depuis qu’elle est adolescente, Jennifer rêve de participer à des travaux scientifiques sur le perfectionnement des gestes de rééducation des personnes en situation de handicap. Avec Robin, « son partenaire de confinement », un étudiant indien, elle a vécu des moments inoubliables de joie juvénile qui ont contrebalancé des heures plus tristes. Je suis étudiante en licence 3 physiologie et neurosciences, un cursus qui me donne l’opportunité de m’épanouir dans différents domaines. Ayant fait face de très près au handicap, et ce à un très jeune âge, j’ai développé un intérêt pour la physiologie et le handicap. Mon souhait serait d’apporter mon aide aux patients et aux familles en permettant la réintégration des personnes touchées par un handicap à une vie normale. Pour cela, j’ai postulé pour le master d’ingénierie de la rééducation, du handicap et de la performance motrice à Poitiers. Ce master mène vers une voie de recherche ou bien forme les étudiants aux pratiques de rééducation. En finalité, ce cursus permet de rééduquer les personnes qui ont perdu partiellement ou en totalité leurs fonctions motrices suite à divers accidents ou handicaps. J’ai aussi postulé en master d’immunologie. La recherche sur le système immunitaire me passionne car il y a encore beaucoup d’inconnu. J’ai organisé ce semestre sur le campus une journée de sensibilisation et de pratique du handisport, avec des activités ludiques et sportives illustrant différents handicaps. Le but de cet événement était de permettre à des participants valides de s’imaginer en situation de handicap. Parmi les activités proposées, celle ayant rencontré un franc succès fut notre goûter à l’aveugle où tous les sens étaient stimulés si les participants voulaient manger. Je réside dans un logement Crous de 9 m². À l’annonce du confinement, j’étais relax, je me disais : « Ça va durer deux semaines. » Puis, subitement, beaucoup d’étudiants se sont rués vers la sortie avec leurs bagages pour partir, comme s’ils fuyaient. La situation était donc inquiétante à ce point ! Dans les couloirs, nous nous évitions et on se lançait des regards comme suspects. Les journées étaient parfois longues dans un si petit espace mais nous n’étions pas enfermés pour autant. Nous avions la chance d’être entourés d’espaces verts où l’on pouvait prendre l’air.
Et puis une semaine est passée… On est devenus plus soudés, on avait besoin de contacts, de sourires, d’interagir entre nous. Après deux semaines, la résidence est redevenue agréable à vivre, on se redisait bonjour lorsque l’on se croisait dans les couloirs, tout en respectant les gestes barrières.Je partage ma passion de la science avec Robin, un étudiant indien que j’ai rencontré à la rentrée 2019*, « mon partenaire de confinement », comme nous aimons le dire… Nous nous retrouvons généralement dans l’un de nos apparts pour réviser. C’est quelqu’un de posé, mature et très cultivé, il est mon coup de cœur de cette année. Il a 7 ans de plus que moi et prépare sa thèse.On peut toujours compter l’un sur l’autre lorsque l’un de nous n’a pas le moral. Parmi nos nombreux fous rires, je citerais le soir où il a essayé de m’apprendre une danse indienne. À cet instant, nous étions redevenus des enfants. Nous sautions, chantions et dansions partout. Nous nous étions même vêtus de serviettes de cuisine à motif et de foulards pour imiter les tenues indiennes traditionnelles. C’est un des effets positifs du confinement, pouvoir se lâcher et retrouver des sentiments plus élémentaires, une âme d ’enfant .C’est formidable de se lâcher complètement avec la personne qui peut aussi vous emmener dans les conversations les plus pointues, qu’il s’agisse du domaine scientifique ou plus philosophique. Le silence du confinement fut très perturbant au début, l’habitude d’entendre les voitures sur la route, les étudiants discuter dehors ou dans les cuisines. Et tout d’un coup, plus rien, comme si l’on était seuls ou que le temps s’était arrêté.
Au moment où je vous écris, j’entends le chant des oiseaux qui brise ce silence.Ces nouveaux sons me font me sentir comme chez mes parents à la campagne, quelques bruits de voitures circulant et le vent qui souffle dans les arbres, les oiseaux… Je viens de Champniers, un village à proximité d’Angoulême. Il y fait bon vivre, il s’agit d’un village. Il longe de longs espaces verts. La forêt, les champs, les ruisseaux et les rivières, tout y est apaisant. Un souvenir m’est venu à l’esprit plusieurs fois pendant cette période : il s’agit des longues heures de baignade passées avec ma petite sœur dans le ruisseau qui serpente notre jardin. C’était une chance fabuleuse de pouvoir jouer dans cette eau claire et fraîche, de laisser aller ensemble notre imagination d’enfants. Nous parlions de tout… Et nos 7 ans de différence ne nous empêchaient pas d’être très complices.Durant le confinement, j’étais reliée à ma famille par un petit talisman que m’avait offert ma petite sœur avec un message d’affection qu’elle m’avait écrit pour un de mes anniversaires. J’y tiens énormément, il me motive et me permet de garder ma famille près de moi. À l’annonce du confinement, ma mère a été appelée en renfort en tant qu’auxiliaire de vie dans un Ehpad, ce qui explique pourquoi je ne suis pas rentrée en Charente. Elle sort peu, fait rarement les courses, ne voulant pas contaminer ses patients. Mon père est pompier. Il n’est pas rare que des personnes en phase de rééducation après un accident viennent le remercier en personne à la caserne. J’aime l’entendre raconter ces histoires. Nous nous envoyons chaque jour un mail avec une photo de nous pour nous raconter notre journée et rester proches malgré la distance. La caserne des pompiers où il travaille est désinfectée trois fois par jour. Certaines personnes de ma famille vivent seules et n’ont donc pas bien vécu la distanciation sociale, à tel point qu’aller chercher le pain le matin était devenu le moment qu’elles préféraient.Après plus d’un mois de confinement, je me sens en sécurité dans ma résidence, mais déprimée car les jours se ressemblent. La motivation est difficile à trouver pour me préparer aux examens comme beaucoup de mes amis.Ce qui nous arrive n’est pas surprenant et nous ne pouvons que nous blâmer. L’être humain a trop joué avec la nature.
Ce qui est surprenant, c’est que ce scénario ne se soit pas produit plus tôt.Avec le temps, les médias me paraissent davantage nuisibles qu’informatifs. J’ai tout éteint. Tout ce qui y est dit ne fait que nourrir l’appréhension. Je préfère suivre les actualités du CHU de Poitiers, qui se trouve près de la résidence. Il s’agit au moins d’informations concrètes et d’un suivi permanent sur l’évolution des faits au niveau local.L’économie mondiale va être sérieusement impactée. L’idéal serait de nous tourner vers les ressources de notre propre pays qui a de nombreuses choses à offrir à commencer par son agriculture de qualité. Car il ne faudra pas oublier après le confinement que ceux qui se sont mobilisés pour nous nourrir, ce sont les producteurs locaux.Le temps offert par ce confinement m’a fait découvrir des talents de cuisinière. Depuis le début de mon cursus universitaire, j’ai toujours mangé en un éclair pour me replonger dans mes bouquins. Je voyais plus les repas comme une « pause » dans mes révisions et donc je ne trouvais pas de grand intérêt à me fatiguer à cuisiner. Cependant, pendant le confinement, j’ai comme redécouvert les étals de fruits et de légumes, je me suis mise aux gratins, j’ai découvert la douceur sucrée de la patate douce. Il m’est arrivé de faire goûter mon gâteau à la carotte aux voisins qui passaient devant la cuisine commune. Parfois, je cuisine la nuit car nous sommes complètement décalés. Je me couche la plupart du temps juste avant le lever du soleil, aux alentours des 4h-5h. Pendant le ramadan, il n’était pas rare de voir des étudiants qui cuisinaient à Descartes et, au moment du couvre-feu, on les voyait courir avec leurs plats pour rejoindre leurs copains à Rabelais à l’autre bout du campus. Il y avait cette vague de solidarité qui traversait le campus. Au bout d’un mois de confinement, des restaurateurs et des grandes surfaces nous ont apporté des paniers repas et divers produits alimentaires. Un excellent moyen de lutter contre la précarité étudiante en aidant les résidents ayant perdu leur emploi à cause de la crise et dont la situation financière est assez délicate. Tous ces actes et ces changements de comportement m’auront fait prendre conscience que les interactions sociales sont essentielles, que nous avons besoin des autres et ce, que nous le souhaitions ou non. Je pense que certaines valeurs jusque-là enfouies vont refaire surface comme le partage ou la bienveillance.
Bientôt j’espère pouvoir retourner jouer au badminton. C’est d’ailleurs ce sport qui m’a permis de faire la rencontre de Robin… Même s’il débute et que j’en suis à ma septième année de pratique, c’est toujours un vrai plaisir de jouer avec lui et il apprend très vite. Le badminton est pour moi un des meilleurs sports : on peut parler pendant qu’on joue, se chambrer un peu et complimenter l’adversaire sur un beau point. C’est un sport très fair-play. Je pense que cette période particulière marque le début d’une nouvelle ère. J’espère de tout cœur que les comportements changeront avec le temps dans l’intérêt de chacun et que ce confinement n’aura pas que des conséquences négatives dans les esprits.

n* Robin Prinja

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