Jean-Christophe Kouakou Kouassi

Jean-Christophe Kouakou Kouassi, 33 ans

« J’ai décidé de me rendre utile. »

Résident au Crous, à la cité Marie-Curie, Jean-Christophe fait partie des bénévoles qui distribuent du pain pendant le confinement. En Côte d’Ivoire, il a toujours vu ses parents aider les autres.

Depuis que je suis enfant, ma passion est la physique mais je suis en première année d’un master en énergie électrique. J’aimerais être un acteur de la production d’électricité, ici ou au pays. En fait, l’électricité offre plus de débouchés et puis si, par exemple, je veux participer à la construction d’un barrage, j’aurai aussi besoin de mes connaissances en physique. Je veux axer mes travaux sur les énergies renouvelables, un domaine dans lequel ma passion pourra s’exprimer. Je viens d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, une ville où il fait bon vivre, d’une densité comparable à Paris et je suis arrivé en 2018 en France. Mes parents ont toujours été présents et m’ont laissé le choix de faire ce dont j’avais envie, ils me conseillent. Depuis que le virus est arrivé en Côte d’Ivoire, ils sont inquiets car la société d’informatique de mon père a fermé, elle n’est pas équipée pour le télétravail et ma mère ne travaille pas. Au début du confinement, je restais dans ma chambre, je ne sortais que pour faire les courses. On avait commencé des TP que l’on devait faire en groupe mais là, il a fallu tout réorganiser, ce n’était pas simple, on était obnubilé par cela, on n’avait pas vraiment le temps de rêver. On ne s’attendait pas à ce que cela dure aussi longtemps. Ça a demandé beaucoup de travail mais ça va, maintenant, c’est fini. J’avais un problème de dos à force d’être assis, j’ai recommencé l’activité physique, je marche le soir.Je n’ai pu valider le premier semestre, je comptais sur le rattrapage de juin pour m’en sortir et là je ne sais même pas si il va avoir lieu. Le soir, je suis seul dans ma chambre, je n’ai personne à qui parler, les amis ne sont pas là, on sent qu’il y a vraiment un souci, quelque chose d’anormal. Au pays, c’est exceptionnel de se retrouver seul, c’est un sentiment absolument incongru pour moi. Certains de mes amis ressentent vraiment un grand désarroi.

Alors je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, j’ai décidé de me rendre utile, j’ai rejoint le groupe qui distribue du pain, des pommes de terre et des pommes tous les deux jours à des étudiants qui n’ont pu rentrer chez eux. On se retrouvait tous à l’accueil avec des masques et des gants et on se dispersait sur le campus avec nos sacs de denrées. Je tiens peut-être cela de ma mère qui a toujours passé les autres avant elle, on était d’ailleurs un peu jaloux. Elle n’a jamais hésité à tout faire pour aider quelqu’un dans le besoin, elle n’abandonne jamais avant d’avoir résolu un problème. Le quotidien est difficile pour de nombreux étudiants, l’argent sort et rien ne rentre. Moi je n’ai pas le droit aux bourses et je dois payer mon loyer de 236 euros. La première année, mes parents m’ont soutenu financièrement et ensuite j’avais un job à la mairie de Tours, où j’ai démarré mes études. Je ne vais pas tarder à être au bout de mes économies. Je pense beaucoup à l’après confinement, comment les choses vont se passer. Payer le loyer, gérer le quotidien. Le Crous nous dit d’aller au service social pour avoir des aides. Je vais envoyer un mail au service des ressources humaines de la mairie de Tours et j’espère qu’ils pourront me reprendre pendant les vacances. J’ai des amis là-bas qui peuvent m’héberger. Bon, en tous les cas, je n’oublierai jamais la secrétaire du Crous, une femme qui nous rassure toujours. Elle s’appelle Monique, sa gentillesse est indescriptible. Quand on la voit il semble que notre problème est déjà résolu. Elle nous rassure comme une mère. On en a besoin car psychologiquement cette période est vraiment délicate. Surtout qu’on n’a pas trouvé de traitement du virus, en dépit de toutes les recherches scientifiques entamées depuis quelques mois partout dans le monde. On prend conscience des limites de l’homme et je me demande vraiment comment on va s’en sortir. Cela fait un an que je ne suis pas rentré à Abidjan, c’était prévu pour cet été.

Mais est-ce que cela sera possible ? Mon pays me manque beaucoup. Ah oui… franchement, il me manque. C’est mon pays, j’ai envie de retrouver mes amis. Après je pourrai revenir en France car je m’adapterai à l’endroit qui sera le plus viable économiquement. Un bon souvenir… un bon souvenir ?Les plages d’Assinie, une lagune paradisiaque à une petite heure d’Abidjan, où on se retrouvait avec des amis pour partager un moment de joie ou prier. Le foutou banane, de la banane plantin que l’on pile avec du manioc. Et le placali, un plat à base de poulet et de pâte de manioc, que tu dégustes au petit déjeuner chez des amis ou dans des restaurants… Tu manges ça et tu as de la force pour la journée. Mes parents m’appellent tous les deux jours pour avoir de mes nouvelles, ils prient pour moi et me disent que mes trois petits frères et sœurs vont bien. C’est déjà immense de ne pas être touché par la maladie. Tant que nous serons en bonne santé, il y aura de l’espoir.

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