Eloise Addo

Eloise Addo


«Si loin, si proche de mon père. »

Depuis qu’elle a commencé son année linguistique, Eloise a rencontré des gens de nombreux pays. Cette opportunité lui donnera plus de chances pour travailler dans une entreprise internationale au Ghana.
Je suis arrivée en France il y a huit mois pour vivre une année linguistique. Je suis en troisième année d’études de français à Accra, la capitale du Ghana où j’ai grandi. Je ressens un attachement pour cette langue et il se trouve que, dans mon pays, le président Nana Akufo-Addo pousse les jeunes à devenir bilingues, avec l’anglais et le français, car nous sommes entourés de pays francophones. Je vis cette expérience avec joie car, dès mon arrivée à Poitiers, j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont été accueillants. Un professeur nous avait expliqué que la mairie organisait des rencontres entre des habitants du département et des étrangers. J’ai été reçue dans trois familles avec lesquelles je garde des liens. Ils m’ont fait découvrir Buxerolles et Châtellerault. Je me suis fait beaucoup d’amis qui viennent d’Afghanistan, d’Egypte, de Syrie, de Chine, d’Indonésie, de Taiwan. C’est la richesse des séjours linguistiques, on repart avec des attaches un peu partout dans le monde. Depuis le confinement, financièrement c’est un peu dur, car ma mère qui est atteinte d’un diabète important a cessé son activité, depuis quatre ans, dans l’entreprise de location de meubles qui appartient à la famille. Aujourd’hui, c’est mon oncle qui s’en occupe. Ma mère ne vit pas seule, elle partage son logement avec ma grand-mère. C’est mon père qui finance nos études, ma sœur est étudiante en linguistique et en psychologie à l’université du Ghana. Il a eu l’opportunité de partir à Bruxelles, où il est devenu facteur, et finance ainsi nos études. Je suis admirative car, depuis toutes ces années, il a sacrifié une vie de famille pour nous offrir un avenir. Il est formidable avec nous, veille sur nous de loin. Pendant le confinement, il a fait partie de ceux qui ont continué de travailler trois jours par semaine, j’étais fière de lui. Je me faisais une joie d’aller enfin le voir en Belgique mais la pandémie a bloqué mes projets. Heureusement, il rentre à Accra une fois par an. Mais bon, je sais qu’il est heureux à Bruxelles où il vit depuis 15 ans, il a un bon logement, il veut rester vivre en Belgique. Moi, je rentrerai à Accra en juillet, si tout va bien. Les gens ont été confinés pendant un mois et demi à Accra, les universités étaient fermées mais le virus est moins violent là-bas. Les frontières sont restées fermées jusqu’à fin mai. Je dois absolument retourner à Accra car j’entrerai en quatrième année de français afin de finir ma licence. J’aimerais travailler dans une entreprise internationale, j’ai un bon niveau d’anglais. Mais d’abord, il faudra que je travaille un an car, dans mon pays, si l’État finance la moitié des études universitaires, nous devons payer la deuxième partie en travaillant un an. C’est l’État qui nous place, cela veut dire que l’on peut faire des études de géographie et nous retrouver dans une banque, l’administration ou les écoles. Je trouve que c’est très bien de commencer sa vie professionnelle dans un domaine qui ne sera pas le nôtre, cela apporte une ouverture d’esprit. Je vais donc retrouver les embouteillages monstres qui peuvent nous coincer une heure trente. Il y a malheureusement un fort taux de chômage avec des écarts sociaux importants, des quartiers très pauvres et des hôtels de luxe le long des plages qui bordent l’océan Atlantique. C’est un peu stressant pour trouver du travail, mais je suis confiante car j’ai eu cette opportunité de venir passer cette année linguistique en France, encouragée par mes parents qui n’ont qu’un objectif : que l’on soit avec ma sœur indépendantes et heureuses dans notre travail. Ils nous ont transmis des valeurs fortes : l’amour, la paix, l’amitié, la confiance en Jésus-Christ. Je ne me plains pas, je suis heureuse, mon père va bien, ma mère est vivante. Le fait de repenser à ces souvenirs me donne la chair de poule… Pendant cet entretien, j’ai pu améliorer mon français, tout en repensant à des moments forts. Je vais bientôt retrouver ma vie là-bas, ma mère et ma grand-mère qui me manquent. Et puis, parfois, je m’ennuie un peu quand même, avec ce confinement, j’ai ressenti de la solitude. Je vais retrouver la capitale très animée, ses grands marchés. Devant un bon bankou, qui est un mélange de poudre de manioc cuisiné avec du poulet grillé et du piment, je penserai peut-être à ce jour merveilleux de Noël au parc de Blossac de Poitiers où j’étais si heureuse et si excitée. Je venais d’arriver et je découvrais ces beaux arbres dans la féérie de Noël. Un grand parc qui dominait la ville. C’était magique. 

Texte : Alexandra Riguet Laine

Photo : Jean-françois Fort

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