Alan Gil

Alan Gil, 24 ans

« Vivre seul, c’est moins fun qu’avec des gens mais on s’y fait…»

Alan, étudiant en master 1 LEA espagnol anglais portugais, vit à Hendaye et a passé son enfance à voyager avec ses parents… L’annulation d’un stage à Porto, programmé pendant le confinement, l’a orienté vers un autre projet en télétravail à la cité Antinéa : la recherche d’archives sur Margarita Xirgu, une actrice qui a longtemps vécu en Amérique latine.

Depuis ma petite enfance, j’ai un pied entre deux pays. Mon père est espagnol, il vient de Saragosse et nous avons vécu à Logrono, la capitale de la région de la Rioja, au nord de l’Espagne, pas très loin du pays Basque où nous nous sommes installés ensuite. Aujourd’hui à la retraite, il était météorologue dans les aéroports. Ma mère était psychologue mais elle a cessé son activité pour nous élever avec ma sœur. Pendant cette période de mon adolescence, je ne suis pas allé au collège, je prenais des cours au CNED car nous avons aussi beaucoup voyagé. Mon père adore la géographie, nous sommes partis, sac à dos, en Chine, en Thaïlande, au Cambodge, en Birmanie, au Laos, aux Philippines, en Inde. Nous avons aussi pris le transibérien d’Ukraine jusqu’en Mongolie en passant par la Russie. J’ai passé des heures dans les trains de nuit. Nous sommes aussi allés en Afrique du Sud, au Mozambique, en Tanzanie. Quand j’étais enfant, j’étais passionné d’aviation, je voulais devenir pilote, j’ai passé mon brevet d’initiation aéronautique, c’est de la théorie et quelques heures de pilotage. Mais je n’avais pas suivi de cursus scientifique et cela coûtait très cher de passer une licence de pilote privé, alors j’ai arrêté. Mais, plus tard, j’aimerais travailler dans un aéroport, peut-être dans la logistique des avions. Les voyages que mes parents m’ont permis de faire ont vraiment forgé ma personnalité.Je me suis naturellement orienté vers les langues, j’ai voulu faire une licence de LEA anglais espagnol à Pau près d’Hendaye mais j’ai finalement choisi La Rochelle qui propose une formation trilingue avec le portugais en plus. Nous avons cinq heures de portugais par semaine, une pratique intensive qui va me permettre d’aller un jour au Brésil.

Avec Erasmus, je suis allé avec un ami à San Miguel, dans la région de Tucuman, en Argentine, l’année dernière. C’est l’Argentine profonde, rurale sans touristes, à la frontière avec la Bolivie. J’ai pu découvrir les minas del Potosí en Bolivie, ces mines d’argent impressionnantes à 4 000 mètres d’altitude. Cela a aussi été une occasion formidable pour mes parents d’explorer avec moi Ushuaia, la ville la plus australe de la planète où il fait vraiment très froid et où l’on peut voir des phoques et des pingouins. Je suis ensuite revenu en master à la cité Antinéa et j’avais déjà prévu de faire mon stage dans les relations internationales à l’université de Porto pour accueillir les étudiants quand j’ai été interrompu dans mon élan par le confinement.

Au début, j’étais limite content, plus de partielles, une pause… Et puis très vite, cette monotonie m’a un peu angoissé, je ne me doutais pas que cela allait durer aussi longtemps. Je faisais de la musculation en salle, je me suis mis à faire cela sur des sites en ligne, sur YouTube. Ce n’est pas aussi motivant mais il fallait que je me donne un but. C’était vraiment une période particulière, la cité Antinéa, si vivante avec tous ces étudiants qui parlent toutes les langues, était devenue une cité fantôme. Le silence était total, vraiment, aucun son ne venait le perturber. Ma chambre est tout en haut de l’immeuble, c’était comme si la ville s’était vidée de toute présence humaine, c’était assez incroyable. J’avais l’impression que c’était la fin du monde, comme dans un film d’anticipation. C’était une sensation bizarre, ça m’a fait du bien de me sentir seul et de prendre du temps pour moi, mais les journées finissaient par se ressembler et on perd petit à petit tout repère. J’ai appris à être plus autonome, à avoir moins besoin des autres pour faire des choses, à vivre seul, c’est moins fun qu’avec des gens mais on s’y fait. Et puis le fait d’avoir étudié seul à l’adolescence a favorisé cette adaptation. Je pense que lorsque tout sera devenu normal les gens vont tout oublier, leurs vies ultra connectées les éloigneront vite de cette période qui peut favoriser la réflexion. J’avais des nouvelles régulières de mes parents qui allaient bien et me savaient en bonne santé.

Habitué à avoir voyagé dans des endroits pas toujours confortables ni propres, endurci par cette vie un peu nomade peu douillette, je m’adapte facilement à des situations qui pourraient être déstabilisantes pour d’autres. J’aurais pu rentrer à Hendaye, mais mes parents ne sont pas tellement internet, la connexion est très mauvaise chez nous. Ils sont plus connectés au monde qu’aux ondes. Mon stage à Porto s’est transformé en un voyage littéraire. Comme je parle l’espagnol couramment, Cécile Chantraine, professeur d’espagnol à l’université de La Rochelle, titulaire d’un doctorat de théâtre, m’a proposé de faire un travail de recherche sur Margarita Xirgu, une actrice espagnole qui a fui Franco et a beaucoup voyagé en Amérique latine pendant 30 ans. Elle est morte en Uruguay en 1969. Cette actrice a interprété des pièces de Frederico García Lorca dont elle était proche. Ma formation LEA est plutôt commerciale, ça ne m’a pas déplu de faire des recherches littéraires. Je n’ai pas beaucoup lu enfant, en dehors de Harry Potter. Je me cultive en regardant des reportages mais il fallait vraiment que je me retrouve dans cette situation particulière pour m’engager dans ces recherches sur le parcours théâtral d’une actrice. C’était une bonne expérience et, dès l’ouverture des frontières, il est prévu que j’aille à Barcelone, lieu de naissance de l’actrice, pour consulter des archives. Le confinement m’aura permis de vivre un voyage en littérature… Je n’aurais jamais imaginé cela. Et moi qui pensais ne pas envisager faire une thèse, je n’écarte plus cette option. Finalement, j’ai voyagé dans des contrées que je n’aurais jamais pensé explorer et qui auront peut-être aussi un impact sur mon orientation… Qui sait ?

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