Agustin Loza Montaña

Agustin Loza Montaña, 22 ans

«Le maté, une boisson d’Argentine pour mieux supporter le confinement »

Pendant le confinement, Agustin a eu le temps de repenser aux voyages qu’il a fait avec ses parents. Ensemble, ils ont bivouaqué dans des endroits sauvages et reculés des montagnes de Patagonie du sud de l’Argentine. Mais le pays dont il parle avec ferveur est dans une situation économique désastreuse, ce qui lui a donné envie de poursuivre ses études à l’ étranger.

Je viens d’Argentine et je fais des études d’ingénieur dans l’aéronautique, dans le cadre d’un échange Erasmus entre l’université nationale de la Plata et ISAE-Ensma. Je suis né à Viedma, qui est la porte d’entrée de la Patagonie, dans une famille de classe moyenne, avec un père qui m’a inculqué le goût du travail et de l’effort. Petit, j’étais très calme, j’ai eu une enfance paisible. J’ai eu la chance d’avoir de bons professeurs de littérature qui m’ont fait découvrir Edgar Allan Poe, Horacio Quiroga et Julio Cortazar. Et puis, pendant des années, j’ai consacré mon temps à la natation. Mes parents m’ont beaucoup emmené nager. C’était simple car, dans ma ville, il y avait une rivière et c’était utile de savoir nager. A 10 ans, j’ai commencé à nager dans un club et j’ai fait et gagné des compétitions ce qui m’a donné l’opportunité de me déplacer dans pas mal de villes. J’ai arrêté cette activité au lycée, mes études me prenaient trop de temps. J’ai toujours regretté cela mais j’ai de merveilleux souvenirs de cette période. Valéria, ma mère, est née à la Plata, dans la province de Buenos Aires et, avec ses parents, ils se sont installés à Viedma quand elle était très petite. Elle est retournée étudier la médecine à la Plata, à 18 ans, où elle a rencontré mon père, Anibal. Ils se sont mariés, ont vécu à Buenos Aires pendant un temps et ils ont décidé de faire des enfants et de partir dans un endroit plus tranquille. C’est alors que nous avons déménagé à Viedma et je suis né un an après et mon frère Gaston quatre ans après. Vraiment, je n’aurais pas pu avoir un meilleur endroit pour grandir, c’est une ville très pittoresque où les paysages sont magnifiques et les plages sont à 30 kilomètres. Nous adorons vraiment voyager, en particulier dans le sud de l’Argentine, la Patagonie, où les paysages sont très variés, mais nous aimons surtout les montagnes, les forêts, les lacs. Nous passons des nuits en tente, apprécions la paix de la nature, nous échapper de la vie quotidienne. Le plus mémorable de mes voyages est Ushuaia avec mes parents, un paysage très polaire et son incroyable glacier Perito Moreno, sur lequel nous avons marché. Nous sommes allés aux USA, au Brésil, voyager nous permet de partager des moments ensemble. La plus belle valeur que mes parents m’ont transmise est que l’on réussit quelque chose si on le fait avec dévouement et effort. La valeur de l’humilité est aussi très présente dans mon esprit. Et ce que je mets le plus en pratique est le respect d’autrui, la liberté d’expression et le fait de ne jamais critiquer autrui. Chacun est unique et sa manière d’être unique doit être respectée.

Actuellement, en Argentine, le sujet du genre est très discuté. C’est très nouveau et au début c’était difficile à accepter pour moi mais après y avoir réfléchi, c’est complètement cohérent avec mes principes. J’ai fait mon école élémentaire dans le public jusqu’à la troisième année et mes parents ont décidé de me passer dans le privé car dans le public le niveau d’enseignement s’était vraiment dégradé. Ils ont ensuite continué à me choisir une école avec un niveau élevé d’exigence, ce qui a été la première étape importante de ma vie. S’adapter à une nouvelle école, de nouveaux camarades, m’investir représentaient un grand changement pour moi. J’ai alors vécu beaucoup d’expériences, j’ai rencontré des tas de gens et je me suis fait de grands amis. J’étais un lycéen responsable. J’aurais très mal vécu le fait de ne pas réussir. Comme tout le monde, j’ai fait des erreurs qui, à long terme, ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Cette nouvelle école fut un moment clé dans la construction de ma personnalité. L’autre moment important qui changea ma vie a eu lieu à la fin du lycée en 2015. J’ai décidé de commencer une carrière dans les études d’ingénieur dans l’aéronautique. J’ai déménagé à La Plata, une ville que je connaissais, ce qui m’a facilité les choses. Quel changement ! Je me suis retrouvé avec des responsabilités que je n’avais jamais eues auparavant et je goûtais à la liberté. J’habitais avec des amis, ce qui rendait tout plus facile. Nous prenions nos décisions ensemble, parfois nous nous fâchions, nous partagions les tâches ménagères. Mais je m’adapte facilement, j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont rendu mes longues journées d’études supportables. Et l’exigence que je me suis donnée a commencé à porter ses fruits, j’ai pu suivre mes études à un bon rythme tout en m’autorisant des libertés. Malheureusement, actuellement la situation en Argentine est très préoccupante, nous avons longtemps été en crise et je crois que nous allons y rester un moment. L’instabilité de l’économie, la dégradation de la qualité de vie et l’insécurité encouragent les étudiants à partir. La jeunesse est dans la rue pour protester contre la situation politique. Ils demandent de l’argent pour manger ou attendent à l’extérieur des boulangeries pour qu’on leur donne du pain. Si nous sommes comme cela, ce n’est pas seulement à cause des dernières quatre années mais d’une succession de mauvais gouvernements.J’ai décidé de venir en France sans perdre de vue l’idée de finir ma carrière universitaire en Argentine dès la rentrée prochaine.

Dans le cadre d’Erasmus, les cours et les épreuves que j’ai passés ici seront validés et pris en compte dans la suite de mes études en Argentine. Pendant le confinement, j’ai vécu à la cité Marie-Curie, je faisais mes courses à peu près une fois par semaine et je sortais occasionnellement pour faire de l’exercice. Être dans une résidence était très nouveau pour moi car, auparavant, je passais la plupart de mon temps à l’université. Mais m’habituer à la situation n’a pas été trop compliqué, au départ, car j’ai continué mon stage en télétravail. J’ai regardé des séries et des films, j’ai fait des vidéos et j’ai appelé mes proches. En comparant nos situations, nous pouvions réaliser que nous n’étions pas si mal lotis. Bien sûr, comme tout le monde, j’ai passé la plupart de mon temps dans ma chambre, je regardais le jardin de la résidence et je passais mes après-midi à essayer d’y voir clair. Être isolé a commencé à être plus difficile. Après un mois de confinement, certains jours, je me sentais déprimé. Me sentir proche de mon pays à travers les coutumes et la nourriture m’ont aidé à me sentir un peu mieux. Par exemple, j’avais acheté une boisson appelée maté, un mélange de feuilles de yerba que l’on peut boire chaude ou froide, que l’on place dans une calebasse. On ajoute de l’eau pour la faire infuser ainsi qu’une bombilla, une paille métallique qui filtre la boisson pour ne pas boire les feuilles. C’est un rituel normalement sociable que l’on boit en groupe en se passant la calebasse, pas tellement adapté au coronavirus. Un peu comme le café ou le thé, cela stimule le système nerveux. J’ai lu un peu les actualités, mais juste ce qu’il faut pour ne pas ressentir d’effets négatifs émotionnellement. Il y aura forcément des conséquences émotionnelles sur moi et la société en général. Cette situation a montré que le plus important est d’être solidaire. C’est la seule solution pour se sortir de cette pandémie.

Non merci

Le crous mobile

Le crous a son appli

Retrouvez toutes les infos du Crous (Restos U, logement, activités culturelles, services sociaux…) sur votre smartphone !